En 1995, les Français disait-on, faisaient grève par procuration (environ 62-65 % d'opinions favorables au mouvement, si ma mémoire est exacte). Certes, les salariés du privé ne se sont pas joints au mouvement et Juppé a pu dire, qu'ils "votaient avec leurs pieds" (ce qui, pour le politique, est peut-être plus rassurant qu'un peuple qui vote avec sa tête). Mais enfin, l'idée 'était que le combat des uns ferait obstacle au futur jeu de massacre sur la retraite des autres.
"Ils font grève pour moi..."
En 2007, le dépeçage a eu lieu, revenir en arrière semble impossible. Il y a bien ce pouvoir d'achat qui, cette augmentation de l'essence, du fioul, du pain, des pâtes, des yaourts, du lait, de l'abonnement à EDF, des tarifs de la SNCF, la nouvelle franchise médicale...
Tenir coûte que coûte. Se préparer à vivre ça, un an, deux ans, trois ans de plus...
Et comment j'irai travailler, moi, les jours de grève, quand j'aurai 65 ans ?
Alors, "EST-CE QUE JE PEUX ME PERMETTRE DE FAIRE GRÈVE, MOI ?!!!"
mercredi 14 novembre 2007
Grève des transports 3 : 1995 et 2007 ou, géométries variables.
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Grève des transports 2 : Otages d'un jour ou otages toujours ?
Je suis frappé de cette plainte récurrente : "je suis pris en otage", "ils nous prennent en otage", "une minorité tient des millions en otage".
C'est indéniable. Une poignée de gens peuvent immobiliser le pays. Ou, partie du pays : ce qui roule et ce qui se déplace, ce qui dépend de ce qui roule et de ce qui se déplace, c'est-à-dire aujourd'hui, à peu près tous les postes de travail. Il est loin le temps où le commerçant habitait dans deux pièces au-dessus de sa boutique...
Ce qui frappe plus que tout, c'est la peur au ventre de ne pas arriver au travail.
Quelles situations cela recouvre-t-il ?
Je me souviens de l'époque où je devais négocier des contrats avec des entreprises : des centaines d'heures de "phoning", ça avait l'air de mordre, il fallait conclure... Pas de transports ? Ne pas en trouver, et mon client potentiel pouvait me considérer peu opiniâtre, indigne de son budget.
Je comprends le chômeur qui a enfin décroché un entretien d'embauche. Dix, vingt candidats reçus le même jour, celui qui n'est pas là n'aura aucune chance. J'ai été dans ce cas.
Je vois la femme de ménage africaine où je travaille. Salariée d'une grosse boîte avec un contrat négocié prix plancher, elle vient de sa banlieue je ne sais où (elle ne parle pas, elle est timide, distante, elle porte des marques traditionnelles sur le visage, quand je la croise en arrivant alors qu'elle part, parfois elle me sourit, elle sait que je la sais humaine). Normalement, elle embauche à sept heures, travaille chez nous deux heures, est priée de circuler dans la nature pendant quatre heures, ré-embauche ailleurs en fin de journée.... Rentre normalement chez elle à .... 21 heures. Son chef est mauvais, pinailleur... Si le boulot n'est pas fait, si nous nous plaignons alors c'est lui à qui l'on reprochera de ne pas avoir tenu ses troupes.
Je vois les femmes récupérer leurs enfants à l'école...
J'imagine ce voyage que je veux faire à l'étranger avec mes petits moyens. Et si j'avais réservé mon avion pour aujourd'hui ?
Il y a ces détresses...
Mais il y a la vaste majorité de ces gens terrorisés par leur patron ordinaire : "je vous enlève des congés !", "vous n'aviez qu'à...
Y'a qu'à, Y'a qu'à...
A l'heure de la promotion, de la prime, de l'entretien d'évaluation, il y aura ceux "qui ne sont jamais absents". Et qui le font savoir, qui pointent du doigt, qui se montrent dans le couloir au passage de la hiérarchie là où d'habitude, ils l'évitent. Aujourd'hui, pas de journal dissimulé entre les dossiers, pas d'Internet, on occupe le terrain laissé par les absents...
Peur du patron, des collègues, des retenues sur salaire si la grève dure, du manque de congés et d'argent pour les fêtes de Noël, de l'étiquette "absentéïste", peur en somme de se savoir otage.
NB : J'ai pu me permettre de rester chez moi et de "poser une RTT" (on faisait comment avant ?. Je ne me souviens plus). La journée de grève d'octobre, certains collègues d'un autre service (majoritairement des professions intellectuelles) qui ne signaient jamais le registre de présence l'ont signé ce jour-là, faisant un effort particulier de solidarité dans le hall d'accueil ("N'oublie pas de signer aujourd'hui, hein ! C'est la grève !" --belle générosité envers le petit personnel qui "signe" lui, tous les jours).
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Grève des transports 1 : les Nantis.
Les Nantis sont désormais les fonctionnaires cheminots qui ne veulent pas cotiser pendant 40 ans. Ce s... ne veulent pas s'aligner sur le régime général. Leur régime à eux, c'est le régime de retraite commun à tous il y a encore... 6, 7 ans ? (Le lecteur attentif qui a fait sa recherche corrigera).
Le Nanti d'aujourd'hui bénéficie donc d'avantages indus, ceux-là même partagés il y a encore peu par ceux qui le honnissent aujourd'hui. Celui qui n'est plus autant Nanti veut que l'autre souffre autant que lui.
Ah que la vie est douce dans le sacrifice partagé !
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Vieux/jeunes chômeurs, vieux/jeunes actifs : les Nantis 2.
Indubitablement, ça se complique. L'âge pour travailler est une notion de plus en plus difficile à appréhender.
Les jeunes n'ont pas de travail : 25 % de taux de chômage. Cela fait donc 25 % de la population en âge de travailler qui :
- N'a pas de revenus pour faire tourner l'économie (donc, ne crée ni richesses, ni emplois).
- Ne cotise pas à grand-chose, en tout cas pas à la retraite de leurs parents dont le propre temps de cotisation ne cesse de s'allonger et, ne capitalise surtout pas pour la sienne.
Il devrait en découler que ces jeunes :
- Ne sont pas très solidaires de ces actifs qui ont un emploi, eux, et se permettent de se mettre en grève contre l'allongement de leur durée de cotisations (durée de cotisations qui représente pour eux-mêmes un accomplissement chaque jour de plus en plus chimérique).
- Sont pressés de voir ces vieux croûtons partir à la retraite pour leur laisser la place (ça tombe mal, ils vont bosser encore plus longtemps !).
- Préféreraient que Papa et Maman gagnent leur vie du mieux possible et le plus longtemps possible, solidarité familiale oblige.
Les vieux (50-55 ans) ont le taux d'activité le plus bas en Europe (1 sur 3 ou 1 sur 4 sont employés).
- Ils ne cotisent plus que nominalement à la retraite, qu'il s'agisse de celle des autres et ou de la leur.
- Se font d'autant plus de cheveux blancs qu'ils voient chaque jour leur "vraie retraite" à venir réduite à une peau de chagrin suite à la modification du calcul des "meilleurs années" (Ah, ces "meilleurs années" qui ne cessent de devenir un souvenir de plus en plus lointain et un avenir inatteignable !).
- Voudraient voir leurs enfants salariés et cotisant à leur retraite (la leur à eux les enfants, et la leur à eux les parents).
- N'injectent pas d'argent dans l'économie (pas de création de richesses, donc pas d'emplois --n'est-ce pas ?).
En toute logique, ils voient d'un sale oeil :
- Ces grévistes-Nantis qui ne veulent pas travailler deux ans et demie de plus (apparemment un El-Dorado atteignable, auquel ils n'ont plus aucun espoir d'accès).
- Ces salariés fainéants qui devraient laisser la place, soit à eux, soit à leurs gosses au chômage.
Normalement : ceux qui travaillent ne doivent pas cesser de travailler et se mettre en grève pour empêcher ceux qui travaillent de travailler, mais ce qui n'empêche pas bien sûr ceux qui ne travaillent pas de travailler, mais ils devraient prendre leur retraite le plus rapidement possible pour laisser la place à ceux qui ne travaillent pas et qui voudraient travailler.
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Le Medef a dit
- Consommez plus.
- Le pétrole, le blé... : nous augmenterons les prix.
- Vos salaires sont trop élevés.
- Nos dirigeants sont mal payés, ils doivent être augmentés.
- Vous ne cotisez pas assez (retraite, maladie, etc).
- Nos charges sont trop élevées.
- Trop de chômeurs trop chers, ils déséquilibrent le régime des Assedic que nous co-gérons.
- Nos dirigeants, bons ou mauvais, seront débarqués avec un parachute doré.
- Les jeunes manquent d'expérience, nous ne les embaucherons pas.
- Acquérez plus de qualifications et cotisez plus longtemps.
- Partez en pré-retraite.
- Faites des heures- sup, exemptez-nous des charges sociales, ceux qui n'en font pas paieront leur défiscalisation par l'impôt.
- Le droit des affaires doit être dépénalisé.
- L'Etat doit aider les entreprises.
- L'université ne forme pas les jeunes à l'entreprise.
- Il y a trop d'Etat.
- Il faut redonner confiance aux salariés.
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Libellés : Politique
Sarko et les pêcheurs : un Président en pâte-à-modeler ?
J'ai été profondément choqué des images de la rencontre de Sarkozy avec les marins-pêcheurs du Guilvinec.
"Descends, descends de là si tu es un homme !" Mais qu'est-ce qu'il comptait faire au juste, Nicolas ? Régler la querelle entre hommes, là, au pied de l'immeuble. Alors la foule s'écarterait, respectueuse...
Simulacre d'affrontement par un président entouré de sa garde prétorienne, fanfaronnade vide de sens pour un homme qui ne risque rien, sûr de lui et de sa puissance.
Le peuple alors rendu vulgaire parce que c'est l'homme du monde qui montre ses facultés d'adaptation, le Président à son affaire, souple, malléable, endossant l'habit de circonstance au fil des rencontres, managérial avec les élus locaux, compatissant avec les handicappés, partageant la culture du peuple avec Johnny et Mireille, vacancier actif dans un luxe digne de son rang et de cette modernité qu'on accepte mal, petit Roi de France avec le Président du Tchad, coupant et moralisateur avec la France fauchée qui se lève tard, admiratif de la richesse et de la performance... En une journée.
L'homme pâte-à-modeler, se faisant et se défaisant sans complexes... Un homme Play-doh, bleu, rouge, vert, jaune, les bras qui poussent, qui se rétractent, qui se nouent, qui grandit, raccourcit, gonfle... se replie, se ratatine, retourne dans sa boîte. Série américaine estampillée NYPD un jour, dessin animé pour les 4-5 ans aujourd'hui le lendemain, voire, le jour-même.
Sans vergogne, l'homme-Président a feint de prendre un risque qu'il n'a jamais couru, mais n'a pas négligé d'en faire prendre un à l'autre :
J'ai eu peur pour le marin-pêcheur... Qu'il perde ses nerfs, qu'il descende, qu'il ait le temps de lui en coller une, qu'il disparaisse sous les corps et les matraques des CRS, j'imaginais le procès, l'emprisonnement... Le pansement sur l'arcade-sourcillière du Président, la victimologie... Saint-Sarkozy, habité et martyre d'un peuple incompréhensif.
Mais Sarkozy lui, n'a pas eu peur... La douce ritournelle, les mots rassurants : "Je n'ai pas peur, je n'ai pas peur..."
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Le travail ou, comment créer son enfer. Acte I : Poser le décor
D'un âge déjà avancé, je suis depuis 5 ans employé de la fonction publique, après 25 ans de carrière en dents de scie, mais dont je ne me plains pas, dans le privé.
Mon nouveau travail est inférieur à mes qualifications d'origine, mais il m'a permis d'entrer dans un milieu où le contenu de ce que l'on fait correspond précisément à mes intérêts.
La "sécurité de l'emploi" a été un facteur important de mon choix. Le privé oui, mais l'emploi y était devenu rare et mon parcours hétéroclite de celui qui va de l'avant, s'intéresse, se forme, bifurque plus trop du goût des entreprises...
Métier : ouvrier spécialisé. Contenu du travail : technicité moyenne, exige rigueur, travail en équipe, capacités d'organisation. Bien qu'informel, important travail de coordination.
Environnement : une petite équipe (une vingtaine de personnes), cellule d'un service plus important dispersé en plusieurs points sur la région.
La direction générale est loin. Caractérielle.
Chez nous : moitié hiérarchie intermédiaire, moitié secrétariat, techniciens ou ouvriers.
La hiérarchie intermédiaire : plutôt sympathique et ouverte. Considère que chacun occupe une fonction et fait peu de cas du "grade".
Les locaux sont petits. On se retrouve dans une salle commune, contigüe au bureau du chef pour boire le café.
Le chef : agréable, généreux, timide. Pris entre le marteau et l'enclume. Désillusionné. Compatissant. Démissionnaire.
Un espace vide...
Alors ces "petites gens" (si bons, si travailleurs....), alors ces petites gens remplissent cet espace, à n'importe quel prix.
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